Sur la planète de Kim

kim-photo-1-300-dpi.jpg

Un monde à part. C’est l’univers de Kim, artiste bordelais et géniteur de Don Lee Doo, son 17e album, sorti dans les bacs le 7 avril. Concentré de morceaux pop acidulés, Don Lee Doo tourne en boucle dans la platine et dans la tête. L’artiste assume totalement cette impression de morceaux qui se répètent. Cette mécanique finalement bien huilée fait son chemin (ou pas, c’est selon). Rencontré dans un bar du Cap-Ferret (« de l’autre côté, c’est la dune du Pyla : l’endroit que je préfère au monde » précise-t-il), le bonhomme est dans son élément. Disponible, affable et bavard, il parle sans détours des sujets divers et variés (son disque, ses amis d’Herman Düne, les banlieues). L’interview aurait pu durer trois heures si la responsable du bar n’était intervenu : « en scène, Kim ! ». Il sera en concert à la Flèche d’Or, le 15 juillet à Paris suivi de plusieurs dates dans toute la France.

D’où vient ce titre, Don Lee Doo ?

Je voulais un nom de projet qui n’existait pas dans Google. J’ai cherché pendant des plombes. J’ai trouvé celui-ci et j’ai tout de suite créé un blog qui s’appelle Don Lee Doo. Ce personnage que j’ai inventé pourrait être un prophète qui vit dans un monde parallèle. Tant qu’à faire, autant faire dans le mysticisme !

Etrangement, à ce moment là, ma copine lisait un bouquin de l’écrivain américain Don DeLillo. La chronique du livre faite par Les Inrocks s’est retrouvée trois pages après l’article sur mon disque. Encore une coïncidence !

Et enfin, il y a ce dernier morceau Requiem for Don Lee Doo en référence à mon grand-père italien décédé en 2007, à qui j’ai dédié ce disque.

A l’écoute, on a l’impression d’une boucle qui tourne. D’ailleurs, le verbe turn revient beaucoup dans les paroles.

Cet album est une sorte de voyage en boucle qu’on a l’impression de subir. Le verbe tourner se retrouve effectivement dans deux titres (sur dix). Je suis ravi que tu dises ça ! J’aime l’idée de ritournelles, cela implique que celui qui écoute subisse parfois les morceaux. Pour le reste, c’est un album très cosmopolite avec des références coréennes au début. Le milieu du disque est clairement influencé par l’Europe avec le morceau Europa. Il y a des détours avec des gammes blues du Mali et ça finit par le Japon.

Comment s’est créé ce disque ?

Le procédé de création est assez similaire d’un disque à l’autre. Il me faut une chanson pivot qui influence les autres. Sur cet album c’est When the river turns around. Je rayonne à partir d’elle. Ce fil conducteur permet au disque de couler.

Quand j’en finis un, je suis sensé m’être débarrassé de certaines ritournelles et après je peux repartir dans un processus de création. J’assume clairement cette façon de faire mais crois-moi ça ne fait pas vendre de disques.

Tu es un artiste très prolifique…

Et encore (rires) ! Ce serait indécent de dire combien j’ai de chansons qui patientent chez moi, dans des cartons ! Je ne concrétise pas grand-chose de ce que je produis : c’est une grande frustration. J’aimerais faire moins de concerts pour passer plus de temps en studio. Mais financièrement c’est impossible.

Tu viens de déménager à Paris, une manière de booster tes activités musicales ?

Je veux y trouver une force de frappe. Cette force de frappe ça signifie avoir un public. C’est frontal comme manière de s’exprimer mais c’est comme ça. Je pense aussi qu’à Paris je pourrais n’en faire qu’à ma tête. Tant que tu n’es pas racoleur, il y a plus de liberté.

Cette force de frappe consiste aussi à toucher les médias…

Exactement. J’y travaille d’arrache-pied avec les gens de mon label [ndlr : Vicious Circle, label bordelais]. On est dans une époque où la médiatisation devient une forme artistique à part entière. Dans le sens où il n’y a plus de frontière entre le personnage public et la personne. Je pense à la chanteuse de Tender Forever, Mélanie. On a l’impression que tout ce qu’elle fait, la façon dont elle s’habille participe au fait qu’ils vendent des disques. Comme s’il n’y avait plus de frontières entre la promo et l’activité artistique. D’ailleurs Dominique A disait de Philippe Katerine qu’il était au diapason de son activité artistique pour ces mêmes raisons.

Tu sembles septique…

Au contraire ! C’est une idée qui me plaît car les artistes que je connais le font avec sincérité.

Le cas d’Emmanuelle P.

Elle use de sa plume acerbe pour faire rire les lecteurs de la rubrique Vous de Libération. Fantasque, généreuse, plus fragile qu’elle n’ y paraît, “la Peyret” (comme l’appellent certains de ses collègues) se livre.

De la gouaille et du charisme qui occupent l’espace en douceur. Emmanuelle Peyret, 41 ans, écrit dans Libération depuis plus de 20 ans. Rattachée en 2005 à la rubrique Vous, elle y décrypte les tendances en vogue avec un cynisme et un humour décapants. Le dernier bar à chignon, la pilosité masculine ou la descente des alpages à Annecy : sa plume affûtée traite la diversité, souvent le futile. Elle n’a pas son pareil pour décocher des flèches d’ironie et décrocher le sourire du lecteur.

Continue reading ‘Le cas d’Emmanuelle P.’

Du noir et blanc pour les 4-12 ans

En novembre dernier, A travers ma bulle a assisté à une des séances de l’atelier photos avec les apprentis photographes de la cité de l’Espoir à Montreuil (93).  

     

Comme tous les samedis, dans la cité de l’Espoir à Montreuil, les enfants de l’atelier photo se retrouvent devant le centre de loisirs. Quel sera leur nombre ? A chaque séance, c’est la grande inconnue pour les animatrices. Aujourd’hui, il y a cinq filles et sept garçons âgés de 4 à 12 ans. Pas facile d’adapter le cours à une tranche d’âge aussi large. En aparté deux des intervenantes, se demandent si elles acceptent Mohammed et Mariam, deux petits bouts de chou de 4 ans. « Bon allez on les prend ! » dit Mariche à demi convaincue.

Après l’exercice de concentration (fermer les yeux et faire silence), Mariche la photographe annonce le programme. « Aujourd’hui, c’est noir et blanc ». Tout un symbole ! Les enfants de la cité qui participent à l’atelier sont tous noirs. Les animatrices, elles, sont blanches et n’habitent pas là.

Autour de la table ronde, les enfants se contorsionnent sur leurs chaises pour voir le livre de clichés. Aïssatou, 9 ans, une des « grandes du groupe » bougonne « j’aime pas le noir et blanc ». Son jeans rose en velours, son gilet bleu ciel et sa parka jaune parlent pour elle. A droite de la table, Bakary, 3 ans de moins la regarde avec ses yeux brillants. La remarque fuse : « t’es bête parce que quand tu te marieras ton mari sera aussi en noir et blanc ». Touchée, coulée. La flèche de Bakary clôt la séance des réclamations.

Il est déjà 17h. Le soleil progressivement se couche. Il est grand temps de sortir faire les photos. Les grands prennent l’appareil en mains. Les petits comme Mohammed font de ravissants modèles pour les aînés. Finalement, devant ou derrière l’objectif, chaque enfant trouve sa place à l’atelier photo.

3 questions à Alexis Cordesse, photographe

Alexis Cordesse est l’un des 12 photographes avec Yann Arthus-Bertrand, Jane Evelyn Atwood à avoir participé à « Clichy sans clichés ». A cette occasion, il a réalisé une série de portraits d’habitants du quartier de la Forestière. Cette opération réalisée en octobre 2006 voulait faire découvrir la ville de Clichy autrement que par le prisme de la crise des banlieues.

● Grâce à un appareil photo, peut-on changer le regard qu’on porte sur un endroit comme Clichy ?

Non, un appareil photo ne peut rien changer. Ce n’est qu’un outil. C’est le point de vue du photographe qui fait tout car ce point de vue évolue. De Clichy, je ne connaissais rien. Je m’attendais juste à trouver une réalité plus contrastée que celle véhiculée par les médias pendant les émeutes de banlieue. Continue reading ‘3 questions à Alexis Cordesse, photographe’

Portrait chinois de Rebecca Manzoni

Image Hosted by ImageShack.us

Rebecca Manzoni, présentatrice-productrice d’Eklectic (chaque samedi matin sur France Inter) dit avoir “d’abord voulu faire de la radio et pas du journalisme”. Sur France Inter, elle décrypte la diversité et les curiosités culturelles avec une plume délurée si particulière. Il y a cette voix aussi, tellement midinette mais suave, qui flâte le tympan et s’attache à raconter des histoires. Grande brune filiforme, la Manzoni n’a rien du fameux physique radiophonique. D’ailleurs elle fait -aussi- de la télé sur Arte dans l’émission Métropolis. Celle qui avoue, “qu’elle cède aux facilités de faire la poseuse” estime pourtant que la première des qualités journalistiques est de “rester soi-même”. Elle s’y emploie en acceptant de se prêter à l’exercice du portrait chinois c’est-à-dire une sorte discussion monologue. A la fin, le lecteur doit réussir à se dessiner une image plus précise d’une femme pressée. Elle avait difficilement une heure à vous accorder. Comme toujours, cela s’est transformé en un repas qui a duré le double de temps. Entre deux bouchées de spaghettis bolognaises et une petite gorgée d’un vin assorti à la sauce, elle répond à la question fatidique :  “Rebecca Manzoni, si vous étiez…”

Un quartier de Paris : le XVIIIe, mais pas côté Abesses.

Une ville : San Franscico. 

Un livre : Je m’en vais de Jean Echenoz ou un recueil de nouvelles de Marc Villard.

Continue reading ‘Portrait chinois de Rebecca Manzoni’

Graffiti cities

 

Temps maussade sur l’ensemble du pays. Les prévisions météo de ce 6 mars 2008 ne gâcheront pas la chaleur de Globe Painter, carnet de voyage d’un mordu de graffitis parisien. Pour ceux qui n’ont pas envie de casser leurs tirelires ou qui n’ont plus rien dans les poches, voici une bonne manière de voyager par substitution : plonger dans le livre de Julien Malland.

C’est un livre, plus exactement un carnet des années 20 chiné dans une brocante qui se transforme en carnet de voyage des années 2000. Celui qui le tient, Julien Malland (”Seth” est son nom d’artiste, son blaze pour les initiés) a pris son sac à dos Eastpack et ses bombes et s’en allait taguer les grandes villes d’Amérique du sud et du Pacifique. De Buenos Aires à Rio en passant par Sydney, Tokyo, Hong-Kong et d’autres, on imagine ledit carnet transbahuté dans la poche arrière d’un baggy taché ça et là de bombe fluo. Un peu cliché mais il y a de ça.

Favelas du Brésil, boîte de nuit glauque en Argentine, Sydney downtown : les paysages toujours urbains, les ambiances, les couleurs se succèdent. Comme un voyageur qui collecte les moindres restes de son passage : les sous-verres, les timbres, les stickers se fondent dans les fresques composées sur ce carnet de route. Les visages dessinés en disent aussi long que les quelques phrases laissées en commentaire par notre Globe painter, à chaque escale.

La motrice de ses déambulations jubilatoires reste la peinture, le graffiti. Marquer à la fois les murs des villes et peindre les pages de son carnet parfois dans des styles très différents. A la base de la démarche, il y a “juste une envie de voyager, de rencontrer, de peindre….Un moyen de fuir les sentiers à touristes, les tour Eiffel locales. Un prétexte pour partager, découvrir, apprendre” écrit Seth.

Son voyage réalisé pendant 7 mois, sur 3 continents, a parfois des allures de reportage d’un genre nouveau. Amateur de graffs ou non érudits, peu importe, toute personne en mal d’exostisme (le vrai) se retrouvera au fil des 143 pages.

Globe-Painter, 7 mois de voyages et de graffiti,  de Julien “Seth” Malland, éditions Alternatives, 143 pages, 27 €.

Un Tartuffe à l’allemande ouvre le bal du Standard idéal


Image Hosted by ImageShack.us 
Le standard idéal se déroule du 8 au 24 février, à la MC93 de Bobigny. Le week-end dernier, un Tartuffe réinterprété a ouvert le bal. Surtitré en français mais joué dans la langue de Goethe, le texte classique a été entrecoupé de textes contemporains d’Heiner Müller, dramaturge est-allemand. L’équipe du festival l’avait promis, le metteur en scène bulgare Dimiter Gotscheff a su ramener « le présent dans une pièce bien connue », comprenez « du passé ».

Moderniser Molière ! Cela commence par une soubrette sobrement punkette qui s’agite sur la scène. Introduction. Elle s’appelle Dorine, frêle petite brune clopinant dans ses claquettes. Elle joue la servante d’Orgon. Ce personnage devenu aussi sottement que soudainement fervent croyant, par la grâce d’un imposteur nommé Tartuffe. En quelques phrases d’allemand, de français et de baragouinage franco-allemand elle plante le décor : une réinterprétation de la pièce de Molière, jouée pour la première fois en 1664.

Continue reading ‘Un Tartuffe à l’allemande ouvre le bal du Standard idéal’

Blogartdeco.fr : créer le buzz sans le vouloir

Image Hosted by ImageShack.usDR

Lucile Reynard est l’heureuse créatrice de blogartdeco, le millionième site référencé en .fr. Lancé le 14 janvier dernier, le blog a profité d’un joli coup de pub. Depuis, sa jeune créatrice profite de cette visibilité mais ne compte pas en faire un site commercial.

Elle connaît les ficelles marketing du net sur le bout des doigts pour y avoir travaillé plusieurs années. Mais là, elle jure que “c’est juste une belle histoire, rigolote et rien de préparé.” Lucile Reynard, 30 ans, a réussi à obtenir le millionième nom de domaine .fr.

Continue reading ‘Blogartdeco.fr : créer le buzz sans le vouloir’

A la MC 93, l’essentiel c’est de jouer

Comment les grèves ont-elles impacté les salles de spectacle d’Ile-de-France ? Quatre mois après les mouvements sociaux de la RATP et de la SNCF d’octobre 2007, les structures ont fait leurs comptes. A la Maison de la culture de Bobigny, il y a un principe : assurer les spectacles quoiqu’il arrive. Des solutions ont été trouvées pour respecter la programmation prévue. Mais, ces différents aménagements ont un coût.

« Ce n’est pas compliqué de venir à la MC93 ». La voix du standardiste de la maison de la culture de Bobigny s’applique à expliquer. « Il faut s’arrêter au terminus de la ligne 5, direction Bobigny Picasso, sortie hôtel de ville. Une fois sur l’avenue Pablo Picasso, vous marchez cinq minutes avant d’apercevoir le bâtiment ». Accéder à la maison de la culture de Bobigny (Seine-Saint-Denis) en transport en commun n’a rien d’une aventure…sauf en période de grève !

Continue reading ‘A la MC 93, l’essentiel c’est de jouer’

L’Eden des écolos au fin fond de la Cornouaille anglaise

 

Next Page »