Des femmes taxis, nous n’en voyions jamais. Pourtant à Dakar, elles parcourent les rues depuis un an et demi. Ainsi, le Sénégal montre l’exemple avec une compagnie de taxis exclusivement féminins. Une révolution pour un pays “en voie de développement”, selon la formule consacrée. L’initiative émane de Viviane Wade, la première dame du pays. Elle vise à favoriser l’insertion professionnelle des femmes et à moderniser les transports dans la capitale.

Reportage vidéo de Nadia Hadj-Bouziane et Sofiane Bengelloun
Les Taxi Sisters bouleversent les mentalités à Dakar


Taxi sister Dakar
envoyé par UFA3

Un dimanche à Dakar

23 janvier 2009

Dans son article sur le centre de formation de football du Case, Smaïl nous explique que le ballon rond focalise les rêves de nombreux jeunes Sénégalais. Mais ici, une discipline éclipse le sport le plus populaire au monde. Le football ne lui arrive même pas à la cheville. Il est le gâteau quand les autres sports se partagent les miettes. Il est un océan parmi les ruisseaux. Il, c’est la lutte sénégalaise. Une institution, une tradition, une religion. Son Dieu s’appelle Yékini. Un colosse de 2m pour 130kg, invaincu en plus de 50 combats. A chacune de ses sorties, les riches promoteurs doivent signer un chèque de 100 millions de francs cfa (150 000 euros). De quoi remplir le réservoir de sa grosse cylindrée. Car au delà du prestige et de la gloire, l’argent constitue une source de motivation intarissable pour les lutteurs en herbe. Chaque jour, les plages dakaroises se transforment en salle de musculation à ciel ouvert. On y sculpte son corps et forge son mental. Les lutteurs professionnels font, eux, partie d’une “écurie”, un terme que l’on a coutume d’entendre en formule 1. Et, comme en F1, leur “Grand Prix” se joue le dimanche. Les tournois offrent un spectacle sportif et folklorique impressionnant, de quoi couper le souffle de n’importe quel observateur étranger.

Ce jour là dans l’arène Ibamar Diop, dix lutteurs s’affrontent. Chose inédite dans l’histoire de la lutte traditionnelle sénégalaise, les promoteurs ont déniché deux lutteurs italiens. A défaut de bien figurer lors des combats, les deux Européens vont eux aussi se mêler à la fête. Voici à quoi ressemble un dimanche de lutte à Dakar.


Lutte traditionnelle sénégalaise
envoyé par UFA3

D. est sénégalais, musulman et homosexuel. Une situation complexe. La société traque et rejète l’homosexualité. Entre la peur d’être lynché par la population ou celle d’être interpellé par la police, quand on est gay à Dakar, mieux vaut savoir être discret, se faire oublier.

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« Incarcération des pédés », « Homosexualité : les ambigüités sénégalaises » … depuis prés d’une semaine, il ne se passe un jour sans que la presse sénégalaise ne titre sur le phénomène de l’homosexualité.A l’origine de cette vague, l’arrestation, le procès et la condamnation à 8 ans de prison ferme de neuf homosexuels, la semaine dernière. La police les avait interpellés lors d’une soirée privée. L’homosexualité, très mal vu au Sénégal, est considéré comme un délit quand elle est exposée sur la place publique. Un fait de société sensible. Un sujet délicat à développer pour la presse.

 

Comparaison entre deux manières de le traiter …

Le journal « Le Populaire » tente de conserver une position modérée sur le sujet. Abdoulaye Diedhiou, s’occupe de la rubrique Faits divers du journal. Il a suivi le procès des neuf homosexuels. Pour lui, il s’agit d’abord de prendre du recul.

A écouter : Abdoulaye Diedhiou, Journaliste au « Le Populaire »

« L’As » (quotidien people) est l’un des journaux les plus virulents au sujet de l’homosexualité. Selon son rédacteur en chef, Cheikh Omar N’dao, le journal prend position dans le combat contre l’homosexualité. Pour lui, il faut appeler un chat un chat, et un homosexuel, un « pédé ».

A écouter : Cheikh Omar N’dao, le Rédacteur en chef de « l’ As »

Laure Bignalet

 

L’information peut lourdement déraper. C’est ce qu’a voulu montrer Saïdou Diop, spécialiste du génocide rwandais de 1994. Il exposait mercredi matin le rôle des médias locaux dans les massacres des populations tutsies et des Hutus modérés. 800 000 morts en quatre mois.

Saïdou Diop ne parle pas du traitement de l’information entre avril et juillet 94. Il insiste là-dessus : il faut savoir s’attarder sur les cinq années qui ont précédé le génocide. Se pencher sur les journaux écrits et les radios communautaires basées sur une idéologie raciste. Rien de moins que de la propagande, affirme-t-il.

Coumba Kane s’est entretenue avec monsieur Diop à la fin de l’exposé.

Il ne s’agit en aucun cas de jeter la pierre aux médias rwandais, précise Saïdou Diop. Ils ne sont pas les coupables du génocide. Mais ils ont leur part de responsabilité.

Ecouter l’interview de Saidou Diop sur le rôle des médias dans le génocide rwandais :
Le rôle des médias rwandais dans le génocide

Coumba Kane et Smail Bouabdellah.

Depuis les années 60, les jeunes Sénégalais émigrent vers le Vieux continent pour y trouver du travail et la promesse d’une vie meilleure. Ces dernières années le rythme s’est accéléré, les candidats au départ se sont mis à braver la mer avec des pirogues de fortune pour rejoindre le Nord. Mais depuis peu, certains, après plusieurs années passées en Europe, font le chemin inverse. Ils retournent dans leur pays d’origine pour créer leur entreprise. Ces retours sont largement encouragés par le ministère de l’Immigration. Par le biais de son agence l’ANAEM, il verse une aide financière de 4000 à 7000 euros à ceux qui décident de rentrer au pays. Une incitation à la sédentarisation des migrants dans leur pays d’origine, un coup de pouce au démarrage, qui n’est pas sans limites.

Ecouter le reportage de Coumba Kane à Dakar

Ces immigrés qui choisissent le retour au pays natal

A l’école de Fann

22 janvier 2009

A l’école de Fann

Un après-midi chaud  à Fann , un quartier de Dakar.

Deux petits garçons sénégalais, François NGom, onze ans et René NGom, huit ans, quittent l’université où ils avaient rejoint quelques plus heures tôt leur père, employé de ménage. Dans leur poche, 150 francs CFA, l’équivalent de 20 centimes d’euro. Une somme confiée par le papa pour leur déjeuner mais que les garçonnets ont précieusement économisée avant de se rendre à l’école Joseph Gomis. Celle-ci compte environ 200 élèves. Pour y arriver, il faut marcher une demi-heure et emprunter un parcours périlleux surnommé “le couloir de la mort”, nom donné après les nombreux accidents survenus sur cette route. Arrivés sains et saufs, mais le ventre vide, François NGom et René NGom se séparent pour 2 heures de cours.

A mon tour, j’entre dans la salle sombre et parsemée de vieux bureaux en bois. A l’étroit sur un banc, je troque mon nagra contre une ardoise et une craie. Le temps d’une plongée dans une école sénégalaise.

A écouter: A l’école de Fann, reportage de Linda Kebdani

Situé dans le quartier résidentiel des Almadies de Dakar, le Case accueille 200 élèves. Des internes qui dorment au collège et des externes qui rentrent chez eux le soir. Les jeunes de 12 à 20 ans alternent cours scolaires et séances d’entrainement de football. Le réveil sonne à 6 heures.

Ecouter le reportage de Smaïl Bouabdellah, au Collège Africain de Sport-Etudes :
Le Case : un stade, une école, un rêve

La fragilité d’une île

20 janvier 2009

L'île de Gorée

L'île de Gorée

Gorée, symbole de l’esclavage, traverse une période de trouble.

L’île, classée patrimoine historique par l’Unesco, est menaçée par l’insalubrité. Malgré le plan “en propre et en vert”, lancé par la municipalité il y a 7 ans, les déchets continuent à polluer la mer et à souiller les côtes. Une urgence environnementale qui s’ajoute à une autre, d’ordre culturel. Certains musées de l’île dénoncent le manque de financement nécessaire à leur survie. Sans parler du symbole même de la ville, la maison des esclaves, dont la place dans l’histoire est contestée par quelques chercheurs. Autant d’éléments qui font de Gorée une île fragile.

Ecouter le reportage de Linda Kebdani :
La fragilité d’une île

Entre la France et le Sénégal, il y a certes eu la colonisation et le partage de la même langue (français), mais cela ne va pas jusqu’à nos manières de vivre et de penser, voire d’exprimer nos peines et nos souffrances. Et si à Clichy-sous-Bois et à Guédiawaye le manque d’emploi reste le dénominateur commun, la manière de résoudre les problèmes n’est pas la même.

Si les jeunes de la banlieue parisienne expriment la situation qu’ils vivent en brûlant des voitures et en affrontant les forces de l’ordre, ceux de la banlieue dakaroise ne sont pas encore arrivés à ce stade. Contrairement aux Français, les habitants de la banlieue de Dakar, répartis entre Guédiawaye, Pikine, Parcelles Assainies, Thiaroye, Rufisque… n’ont pas l’habitude de manifester leur mécontentement en utilisant la violence contre les autorités de l’Etat. Et ce, malgré le sort peu enviable qui leur est réservé. Ici à Dakar, même si beaucoup de jeunes de la banlieue ne vont pas à l’école et sont sans emploi, cela ne les amène pas à crier leur ras-le-bol en jetant des pierres ou en incendiant des commerces comme l’ont déjà fait les jeunes de la banlieue parisienne il y a de cela quelques années. Peut être est-ce du à des réalités socioculturelles. Comme dans la plupart des sociétés africaines, les jeunes ne peuvent agir qu’après avoir obtenu l’aval de leurs parents. L’adage dit que « le chemin de la paix n’est pas loin». Les Sénégalais préfèrent garder un mal le plus longtemps possible sans pour autant avoir à en venir aux mains. 

Les affrontements, seulement au stade et à la fac
Les jeunes de la banlieue d’ici ne sont pas victimes de racisme à cause de leur groupe ethnique, encore moins de la couleur de leur peau, contrairement à leurs frères parisiens. Ceux qui ont réussi à entrer à l’université peuvent vraiment s’estimer heureux quand on voit le grand nombre de jeunes avec qui ils ont joué enfants, et qui sont maintenant abandonnés à eux-mêmes. Sans emploi et sans qualification. Ce n’est pas pour rien si le taux de criminalité dans la banlieue est important. Il est moins risqué pour un jeune d’attendre la tombée de la nuit pour se cacher dans un coin isolé, sans éclairage, d’attendre que quelqu’un passe, de le menacer avec un couteau ou une machette que d’affronter la police en plein jour au risque de se faire jeter en prison où il sera oublié pendant des années avant d’être jugé. Les seuls moments où on assiste à des scènes de violence entre forces de l’ordre et jeunes sont, entre autres, les rencontres de football entre équipes de quartier. En fait, il n’y a pratiquement que les étudiants de l’université qui affrontent quotidiennement les forces de l’ordre pour être satisfaits. Pour le paiements de bourses, protester contre les mauvaises conditions d’hygiène dans les restos, la mauvaise qualité des repas, le manque de moyens pour étudier… La liste est longue.

Ici, pas de guérilla urbaine
Cependant, cette situation est en train de changer. Les manifestations contre les autorités gouvernementales sont de plus en plus fréquentes. Récemment, le collectif des imams du département de Guédiawaye (localité située dans la banlieue dakaroise) réclamaient la baisse des factures d’ électricité. Fin décembre 2008, dans la région de Kédougou, à quelques encablures de la frontière avec la Guinée Conakry, les jeunes sont descendus dans la rue pour dénoncer la discrimination dont ils sont victimes concernant les offres d’emploi pour l’exploitation des mines de Sabadola riches en or.
Mais de là à affronter les policiers pendant des semaines. A transformer la banlieue en une sorte de guérilla urbaine. Les jeunes banlieusards sénégalais n’agissent pas ainsi. C’est une grande différence avec les jeunes Français. Et pourtant, c’est vrai, la situation a changé. Et les jeunes Sénégalais osent maintenant faire des choses qui étaient jusque là impensables.

Ousmane Diop